Culture et lecture au Maroc : Trois questions à l’écrivain et romancier Abdelkrim Jouiti

Béni Mellal – L’écrivain et romancier Abdelkrim Jouiti, aborde, dans une interview accordée à M24, la chaîne d’information en continu de la MAP, la place de la culture et de la lecture dans notre société d’aujourd’hui et nous livre sa vision sur l’expérience littéraire marocaine.

1 – Quelle place de la culture et de la lecture dans notre société d’aujourd’hui?

Pour évaluer la place de la culture dans notre société, il est facile de présenter des opinions, mais pour évaluer la place de la culture et de la lecture de manière scientifique, des études et des enquêtes sur leurs dimensions quantitatives et qualitatives doivent être menées.

C’est tout le travail de l’université marocaine, qui doit œuvrer à la création de filières dédiées à l’identification d’un pan d’indicateurs permettant de plancher sur cette question d’une manière plus réfléchie.

Répondre de manière exhaustive pas précise donne une impression, une idée et ne constitue nullement une réponse à la question.

Comment les Marocains lisent, combien lisent-ils? et combien de livres en consomment-ils annuellement? sont autant de questions qui peuvent nous servir pour délimiter les contours de la réponse.

Actuellement, avec l’essor des réseaux sociaux, tout le monde peut lire via des PDF ou encore visionner les derniers films hollywoodiens.

L’accès à la culture qui était rare est devenu si accessible. De nos jours, la culture est disponible et accessible à tous. Élevons-nous un peuple assoiffé de culture et de lecture ? Avons-nous un peuple dont le comportement culturel est ancré dans le comportement quotidien ? Cette question peut se poser pour les académiciens qui seront chargés de mener des enquêtes pour répondre à la question.

La culture s’ancre à l’école et nulle part. L’école encourage-t-elle l’éclosion d’intellectuels, de peintres, de savants? C’est encore des questions qu’on peut se poser à un moment où l’école marocaine continue d’être une école de transmission, pas une école de créativité et c’est à quoi doivent se pencher les participants aux concertations nationales sur l’école de qualité.

2 – Comment évaluez-vous l’expérience littéraire marocaine ?

D’un point de vue quantitatif, on est passé de la parution de 3 à 4 romans dans les années 90 à la parution d’environ 300 romans annuellement aujourd’hui.

C’est une révolution quantitative, mais la question qui se pose, sommes-nous vraiment devant des romans dont l’aspect qualitatif honore le Maroc ?

L’écriture de fiction s’est enrichie par l’adhésion d’un grand nombre d’écrivains d’origines et d’âges différents.

C’est la raison pour laquelle, le travail d’évaluation de la littérature marocaine doit encore être fait par des critiques et des chercheurs.

Pour moi, il faut juger la créativité par le temps. Ces écrits vont-ils résister au temps et seront-ils lus après 60 ou 70 ans. Cela peut constituer un critère pour juger, pas un jugement.

Preuve en est, nombre de romans qui datent des siècles passés sont toujours des best sellers.

3 – Parlez-nous un peu de vos dernières publications?

Actuellement je travaille sur un roman qui sortira en quatre tomes. Le premier tome est déjà sorti. Ce roman rappelle des événements historiques, ceux de Moulay Bouazza. Au fond je voulais écrire un roman sur la montagne, cette grande montagne qui nous entoure et qui témoigne de l’histoire de cette partie de la région Béni Mellal-Khénifra.

C’est un roman qui se passe en quatre jours, chaque partie dans une journée fait en près de 2.000 pages. J’espère y parvenir, et j’espère avoir apporté une modeste contribution à l’expérience littéraire marocaine.